La disparition à 35 ans de Claude Vivier, compositeur québécois, a laissé un vide dans la musique d’aujourd’hui, tant la sienne était audacieuse et originale. Il eut le temps de composer une cinquantaine d'ouvrages, essentiellement consacrés à la voix, qui atteignent comme le souligne Harry Halbreich « à la chair nue de l'émotion la plus bouleversante ». Son Journal de 1977, forcément autobiographique, pour voix, percussions et célesta est une introduction idéale à son univers.
Tout différente est the Rothko Chapel, composée en 1972 pour la chapelle de Houston « décorée » par le peintre américain Mark Rothko. C’est une pièce d’un dépouillement total, évanescente, presque murmurée, dont l’écoute emporte l’auditeur dans une « procession immobile » (selon les propres termes du compositeur) et qui déroule des couleurs sonores imitant celles des toiles du peintre américain, ami de Feldman. L’influence de la musique hébraïque est omniprésente dans cette œuvre qui comme le lieu qui l’a inspiré est un espace de recueillement pour chacun quelle que soit sa religion. Les Jeunes Solistes, formation à géométrie variable, sont dirigés par Rachid Safir, lui-même chanteur contre-ténor passé à la direction. Ils interprètent et parfois confrontent la musique ancienne et des répertoires plus récents, où la voix est tantôt à nu, tantôt accompagnée par des instruments ou transformée en temps réel par l’électronique. Ces virtuoses de la voix ont suscité depuis leur création il y a 20 ans, nombre de créations adaptées à leur talent protéiforme !